15 février 2005
SAS Embuscade à Berlin
Non mais sérieusement, comment voulez-vous ?
Suite aux
divers déboires narrés hier, et grâce au recul bénéfique sur les choses
de la vie qu'apporte la chose écrite, j'ai cru (ô un instant, un
instant seulement) avoir trouvé la solution en confiant ce matin à
Celle-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom (la somptueuse créature qui
partage ma vie) la mission consistant à aller aujourd'hui une bonne
fois pour toutes acheter une enveloppe-bulle et à aller poster cette
*%$!§%*?! de compilation à mon ami Fred qui habite en Allemagne.
(Savoir déléguer, la qualité indispensable à tout chef d'entreprise.
Note pour moi-même : y repenser pour la maison d'édition - y'aurait-il
moyen de sous-traiter tout le biniou administratif pour me
concentrer sur mon coeur de métier : les promenades dans
Saint-Germain-des-Près avec une grande écharpe ?)
Ce soir
donc, je rentre chez moi, déjà prêt à serrer dans mes bras ma vaillante
soldate, qui allait m'accueillir aux cris de "on a réussi, putain ! On
leur a envoyé ce putain de CD aux fridolins !", et sans doute
m'arracher mes vêtements dans la foulée pour profiter comme deux
adultes consentants de l'euphorie hormonale immanquablement déclenchée
par la réussite d'une mission à haut risque (mais je lis peut-être trop
de SAS). Pour un peu, je serais presque allé acheter du champagne.
(Finalement je suis juste passé au McDo.)
Las : lorsque j'ouvris la porte, point de soldate en rut aux sens brouillés par le désir. (Damn !)
Celle-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom était tranquillement assise sur le
canapé, vaquant à ses occupations comme si de rien n'était, comme si à
plusieurs milliers de kilomètres de là, mon ami Fred n'était pas empli
d'amertume à mon égard.
Après nos effusions traditionelles du soir (quand même), je l'interroge donc sur le sort du CD.
Et là, avec un aplomb qui, l'espace d'un instant, me rappela tendrement
celui avec lequel elle repoussait encore mes avances deux ans plus tôt,
elle me raconte qu'elle n'avait pas trouvé de papeterie non plus; et
que ça l'avait saoulée de chercher, et que donc elle était allée à la
Poste et qu'elle avait payé douze euros.
Comme je vous le dis.
Non mais, avec des femmes comme ça, comment voulez-vous qu'on arrive à faire la révolution ?
14 février 2005
Mea Culpa
Ce post est destiné à mon ami Fred.
(Non, rassurez-vous, il va bien.)
Je vais lâchement profiter de mon anonymat dans l'intermonde pour avouer un truc que j'ose pas lui dire en face.
Voyez-vous, pour l'anniversaire de mon ami Fred, qui habite Berlin (ce détail a son importance), je lui ai fait une compil' de divers. Sur CD et tout (oui, oh, que des albums que j'ai achetés alors hein bon, J'AI LE DROIT. Ne me lancez pas sur les maisons de disques.), avec une super belle pochette, que je m'en vais vous montrer d'ailleurs :
"Yeah. Slow.", c'est le titre de la compil' (c'est aussi le refrain du "Slow" de Kylie Minogue remixé par les Chemical Brothers que j'ai mis sur la compil'. Cohérence, cohérence, comme dit le proverbe.).
Alors je vous mets la track-list aussi, pendant qu'on y est (et puis ça me donnera l'occasion de briller un peu en tant que concepteur-de-compil' parce que vous allez voir c'est d'la balle. Que du gros.) :

Que des chefs d'oeuvre.
En
particulier, la petite pépite de cette compil' (c'est une des règles
d'or des bonnes compils', il faut des pépites.), c'est une reprise
d'une chanson de Daniel Johnston (une espèce de John Lennon fou et
vivant en ermite, pour ceux qui connaissent pas) par Eels. Ca s'appelle
Living Life, et c'est le
morceau que j'écoute en boucle depuis que je l'ai découvert. Au départ
il a l'air de rien, et au final vous vous retrouvez bouleversé. Je
l'avais repéré sur une compilation-hommage à Daniel Johnston (non, là
pas "cohérence cohérence", c'est trop facile) où on retrouve Beck (le
morceau est aussi sur la compil'), Sparkelhorse, les Flaming Lips, TV
On the Radio et Vic Chesnutt. Et dans le livret, pour chaque chanson,
le groupe qui faisait la reprise devait expliquer pourquoi il avait
choisi cette chanson. Et le chanteur de Eels, E, avait écrit qu'ils
jouaient toujours une reprise en concert, et que cette chanson-là était
la seule qu'il ne se soit jamais lassé de jouer. Ca m'avait intrigué,
c'est pour ça que j'ai fait plus attention à celle-là (elle n'a l'air
de rien, on pourrait facilement passer à côté – c'est tout son charme
fragile).
Bref. J'ai fait une super compil' à mon ami Fred pour son anniversaire. Et lundi dernier, par mail, je me suis un peu avancé, et je lui ai écrit que je venais de la poster. Alors qu'en réalité je comptais me rendre à la Poste un peu plus tard dans l'après-midi pour effectivement acheter une enveloppe-bulle et poster le CD.
Or, quand je parvins à la Poste qui est à côté de l'endroit où je travaille (bravant un vent glacial, me dois-je d'ajouter), ce lundi-là, hé ben elle était fermée la Poste. Le lundi. Donc j'ai pas pu le poster.
Déjà,
ce soir-là, l'angoisse et la culpabilité m'étreignaient à l'idée
d'avoir ainsi menti à mon ami Fred, mais je me disais que j'irais à la
Poste dès le lendemain, et que ce jour supplémentaire ne se
remarquerait pas trop sur les dix que met la Poste pour acheminer un
paquet à Berlin.
Las.
Le lendemain et le surlendemain j'étais
en déplacement. Impossible de trouver dix minutes pour dénicher une
foutue Poste et envoyer ce damné paquet.Tant pis, me disais-je, en
m'imaginant expliquer à mon ami Fred que la Poste française, c'est
vraiment n'importe quoi.
Bon, jeudi, honnêtement, j'ai oublié.
Le week-end est arrivé. Il a grêlé et il a neigé. La chèvre de monsieur Denis a mis bas.
Dimanche soir, mon plan était parfaitement rôdé : réveil plus tôt, départ avancé avec crochet à la Poste à 8h30. Imparable. J'avais même pensé à prendre du liquide pour payer l'enveloppe et le timbre. <>Lundi, 8h30, j'arrive au guichet. Fred, mon ami, je t'ai menti mais vois comme j'essaie de racheter ma faute ! Vois comme je me flagelle devant cette grosse dame frisée !
- Je voudrais envoyer ce CD à Berlin, en Allemagne, avec une enveloppe-bulle.
La grosse dame frisée me sort une enveloppe genre Chronopost, avec marqué "Spécial Europe Express" ou un truc comme ça.
- C'est 12 euros.
Pardon ?
D'ailleurs c'est ce que j'ai dit :
- Pardon ?
- Pour l'Allemagne, c'est 12 euros.
- 12 euros ?
- 12 euros.
- Mais vous avez pas des enveloppes-bulle normales, pour CD.
- Ha si, mais c'est seulement pour la France, ça peut pas aller en Europe.
- Mais si on la prend et que je mets les timbres qu'il faut ?
- Ha ben non, ça va qu'en France.
- Donc, en gros, il faut que j'aille m'acheter une enveloppe-bulle à quoi, un euro, dans une papeterie, et que je vienne acheter deux euros de timbres sinon c'est douze euros ?
- Ha ben oui.
Ha ben non (Fred, tu es mon ami, mais là c'est une question de principe. On ne me fera pas payer douze euros pour envoyer un CD en Allemagne.)
Et ça c'était ce matin.
Cela fait donc une semaine que je me trimballe cette saloperie de CD que j'arrive pas à poster, et alors que j'air reçu aujourd'hui (ô cruelle existence) le cadeau d'anniversaire que m'offrait mon ami Fred (le bouquin Waiting for the Sun, sur la scène musicale de Los Angeles, ça a l'air trop bien – cela dit il est passé par le site internet de la FNAC, c'était plus facile. Si.), et je ne sais plus quoi faire. Je suis désemparé devant cette nouvelle épreuve. Il n'y a pas la moindre papeterie dans tout le XIVème arrondissement, apparemment. Je me demande si je ne vais pas finalement me la garder, moi, cette compil'.
- Allô Fred ? Non mais je vais aller leur taper un scandale moi, à la Poste. Ca commence à suffire, ces paquets perdus, sans déconner. La France part à vau-l'eau, si tu savais...